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Le Borussia Dortmund et l’AS Monaco se retrouvent en quart de finale aller de la Ligue des champions, mardi soir, avec l’ambition de rejoindre le dernier carré. Un défi d’envergure pour deux clubs dont l’ADN tranche avec celui des cadors européens.

Mardi soir, à 20h45, heure du coup d’envoi des quarts de finale de la Ligue des champions, toute l’Europe du football devrait avoir les yeux braqués sur l’affiche du jour entre la Juventus Turin et le FC Barcelone. Bien qu’aisément compréhensible, ce choix n’en sera pas moins dommageable car dans l’ombre de cette confrontation de titans, le Borussia Dortmund accueillera l’AS Monaco pour une rencontre qui s’annonce au moins aussi passionnante. Un duel de haute volée entre deux clubs qui partagent non seulement une appétence pour le beau jeu, mais qui s’appuient aussi sur des projets sportifs particulièrement proches.

Loin de la réalité budgétaire des mastodontes continentaux que sont le Barça, le Real, le Bayern et les cadors de Premier League, Dortmund et Monaco ont fait le pari de baser leur modèle sur la détection précoce de talents. Et avec un certain succès, puisque les deux clubs véhiculent désormais l’image d’une pépinière de talents, au point de compter au sein de leurs effectifs quelques-unes des plus belles pépites du football mondial. Car si les diamants bruts que sont Mbappé (Monaco) et Pulisic (Dortmund) sont de purs produits de la formation en interne, l’ossature des deux équipes est composée principalement d' »investissements », ces jeunes joueurs recrutés dans la perspective de réaliser une forte plus-value à moyen terme.

Tout naturellement, ce sont donc les deux effectifs les plus jeunes du top 8 européen qui s’affronteront sur la pelouse du Signal Iduna Park, mardi soir : une moyenne d’âge de 25,3 ans du côté de Monaco et à peine plus – 25,6 – pour son adversaire allemand. De jeunes pousses, surtout lorsque l’on compare ces données à celles des autres clubs engagés en C1 : plus de 27 ans de moyenne d’âge pour le Real, le Barça et l’Atletico, plus de 28 pour Leicester et le Bayern et même près de 30 ans pour la Juve.

Diamants polis sur le Rocher…

Cette spécificité que l’on retrouve aussi bien à Dortmund qu’à Monaco est la conséquence logique d’une réalité économique. Sans mécénat de grande envergure ni sponsor multimilliardaire, aucun des deux clubs n’est en mesure de rivaliser avec les géants du continent en matière de budget. Et pour exister, une seule solution : recruter malin et revendre très cher. Un schéma déjà éprouvé par le football portugais depuis plus d’une décennie et qui trouve donc un écho plus large aujourd’hui.

La cible de ces clubs « tremplins », qui se veulent en quelque sorte l’antichambre des cinq-six très grands clubs européens, est toute trouvée : des jeunes joueurs prometteurs, qui disposent déjà d’une expérience significative au plus haut niveau mais qui ont besoin d’un contexte favorable pour exploser et attirer ensuite le regard des grandes puissances du football moderne. Et générer de juteuses indemnités de transfert.

À ce petit jeu, l’AS Monaco est passée maître en la matière depuis quelques saisons. En 2015, mis en lumière par une qualification en quarts de finale en Ligue des champions, l’effectif monégasque a logiquement suscité les convoitises. Martial est parti à Manchester United pour 50 millions d’euros (+30 millions de bonus pour une plus-value d’au moins 46 millions d’euros) et Kondogbia a été vendu à l’Inter Milan pour 40 millions d’euros (+20 millions d’euros). Kurzawa, Carrasco et Abdennour ont eux aussi quitté le club pour des indemnités comprises entre 10 et 20 millions d’euros. Au total, le club princier a dégagé une plus-value totale de plus de 100 millions d’euros, qu’il a en partie investie sur de nouvelles pépites.

Et deux ans plus tard, rebelote. Porté par ses jeunes pousses, l’AS Monaco a retrouvé le top 8 européen. Une génération dorée menée par les Sidibé (24 ans), Bakayoko (22 ans), ou Silva (22 ans), qui ont vu leur valeur marchande exploser depuis. On parle désormais de 25 millions d’euros pour le premier, de 40 pour le deuxième et même d’un chèque pouvant aller jusqu’à 80 millions d’euros pour le dernier. Et même s’ils prolongent un peu l’aventure, d’autres jeunes éléments comme Sidibé, Fabinho ou Lemar pourraient aussi bien faire sauter la caisse. Bref, Monaco est assis sur un véritable trésor.

… et mines d’or dans le bassin de la Ruhr

À Dortmund, la dynamique est sensiblement identique. « Notre chiffre d’affaires est d’environ 200 millions d’euros inférieur à celui des cinq ou six plus grands clubs d’Europe, et notre masse salariale inférieure de 100 millions, explique sans détours le directeur sportif du club Michael Zorc. C’est la seule voie possible pour nous. » Dortmund, qui pointe régulièrement au rendez-vous des quarts de finale de la Ligue des champions, figure aux portes du top 10 européen en termes de budget ; insuffisant pour nourrir de grandes ambitions continentales.

Une réalité qui implique, comme à Monaco, de se montrer intelligent à l’heure de recruter puis de revendre. Loin de la folie des grandeurs qui peut parfois guider le mercato de son traditionnel rival pour le titre en Bundesliga, le Bayern Munich, Dortmund se conforme à un schéma plus vertueux. Depuis plusieurs saisons, le club phare du bassin minier de la Ruhr investit peu mais bien ; en moyenne 11 millions d’euro par nouveau joueur, pour un effectif qui a donc fortement gagné en valeur marchande.

Pour l’heure, Dortmund n’est pas vendeur de ses jeunes pousses, sauf offre mirobolante. Mais ce n’est de toute manière qu’une question de temps avant que les Dembélé (19 ans), Weigl (21 ans), Emre Mor (19 ans) et autres Guerreiro (23 ans) ne s’envolent sous d’autres cieux. Reste qu’après une saison galère en 2014-15, marquée par le départ du coach Jürgen Klopp, de plusieurs cadres, et un recrutement inhabituellement onéreux et totalement manqué (Immobile et Ramos notamment), les Jaune et Noir ont enfin retrouvé leurs esprits et comptent bien profiter un peu de cette nouvelle génération avant d’entamer un nouveau cycle.

Et d’ici là, c’est un autre ex-« jeune à haut potentiel » qui pourrait bien renflouer les caisses du Borussia : Pierre-Emerick Aubameyang. Acheté à Saint-Étienne en 2013 pour 13 millions d’euros, le Gabonais de 27 ans est annoncé dans les plus grosses écuries du continent, et son indemnité de transfert devrait tourner autour de 65 millions d’euros. Un exemple parmi tant d’autres pour illustrer le flair de la cellule de recrutement du club.

Finaliste en 2013 et de retour au plus haut niveau, ce Borussia-là n’a en tout cas que peu de choses à envier aux milliardaires du foot européen. Un constat qui vaut également pour la cuvée 2016-17 de l’AS Monaco, celle-là même qui a montré tant de caractère en dictant sa loi au tout puissant Manchester City dans son antre de l’Etihad Stadium, au tour précédent.

Alors certes, l’ADN du BVB, au même titre que celui de Monaco, n’offre aucunement la garantie d’une pérennité au plus haut niveau, mais il démontre à l’ensemble du plateau des « seconds couteaux » européens qu’avec une structure compétente et une cellule de recrutement talentueuse, il est possible de bousculer un peu l’ordre établi. N’en déplaise à la Juve et au Barça.

Source : www.france24.com

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