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Prisonnières depuis trois ans de Boko Haram, 82 adolescentes ont été libérées vendredi soir, dans le nord du Nigeria. Mais dans quelles conditions ? Faut-il voir dans cette libération le signe d’un affaiblissement de Boko Haram ?

Chibok

Elles ont passé trois ans entre les mains de Boko Haram. Mais au terme de longues négociations, 82 lycéennes de Chibok, ville du nord du Nigeria, ont été libérées, vendredi 5 mai. Elles faisaient partie des 276 jeunes filles, âgées de 12 à 17 ans, enlevées le 14 avril 2014 par le groupe terroriste, alors qu’elles se trouvaient dans leur école.

Le président nigérian Muhammadu Buhari, 74 ans, dont l’état de santé inquète depuis plusieurs mois, a reçu les rescapées dimanche avant de s’envoler pour Londres où il doit subir de nouveaux médicaux. Élu en 2015, il a fait de la libération de ces adolescentes et de la lutte contre Boko Haram les deux priorités de son mandat.

Après cette nouvelle libération – 21 d’entre elles ont été échangées en octobre 2016, trois ont été retrouvées par l’armée et 57 se sont échappées –, 113 jeunes filles sont toujours retenues par le groupe terroriste.

Quelles ont été les conditions de libération de ces lycéennes ?

Des sources proches de Boko Haram, citées par l’AFP, affirment que les jeunes filles ont été échangées contre trois commandants tchadiens, proches d’Abubakar Shekau, chef de l’une des factions de Boko Haram à l’origine de ce rapt. Le gouvernement nigérian a confirmé l’existence d’un échange de combattants, sans toutefois préciser leur origine et leur nombre. Cette libération a nécessité « au moins six semaines de négociations », révèle une source sécuritaire qui y a pris part et qui décrit « des va-et-vient incessants entre Abuja et Boko Haram, parfois au jour le jour ».

Les adolescentes libérées ont été remises à des membres neutres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans une forêt proche de Banki, dans le nord du Nigeria, à la frontière avec le Cameroun.

Elles ont passé la nuit de vendredi à samedi dans les baraquements militaires, avant de partir dimanche matin pour Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, puis de rejoindre la capitale Abuja, où elles ont été reçues par le président Buhari.

Comment seront-elles prises en charge et par qui ?

Très diminuées par leur longue détention, certaines blessées, abusées sexuellement, mariées de force, leur réintégration au sein de la société nigériane n’a rien d’évident. « Nous appelons tous les Nigérians, y compris les familles et communautés locales des filles libérées, à les accepter totalement et à leur fournir tout le soutien nécessaire », a d’ores et déjà demandé le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. « Nous avons déjà malheureusement vu ça partout dans le monde : des victimes de viols sont rejetées par leur propre entourage », rappelle-t-il.

Selon l’avocat Zannah Mustapha, qui a participé aux dernières négociations, certaines lycéennes auraient même refusé d’être libérées. « Elles ont peur de ce qui les attend, de l’inconnu. Nous ne savons pas dans quelle mesure leur époux [des combattants de Boko Haram à qui elles ont été mariées de force, NDLR] exercent une influence pour les contraindre à ne pas rentrer », explique la présidente de la Fondation Neem, une ONG qui combat l’extrémisme au Nigeria. Le porte-parole de la présidence a expliqué, mardi, qu’une de ces lycéennes avait en effet « dit non » : « Je suis bien où je suis. Je suis mariée ».

En octobre 2016, 21 jeunes filles otages du groupe islamiste ont été libérées. Elles ont été immédiatement placées dans un programme de réinsertion initié par le gouvernement, qui vise entre autres à évaluer leur allégeance au groupe jihadiste. Mais on ne sait que peu de choses sur ce programme… Même certaines familles sont tenues à l’écart, ce que dénonce Human Right Watch (HWR). En décembre 2016, la presse nigériane révélait que les 21 adolescentes s’étaient vu refuser la possibilité de passer Noël en famille pour des raisons de sécurité.

Faut-il voir dans cette libération le signe d’un affaiblissement de Boko Haram ?

Sur le terrain, Boko Haram a indéniablement reculé. À l’apogée de sa puissance en 2014, la secte contrôlait de vastes territoires dans le nord-est du Nigeria. Son périmètre d’action a été réduit grâce à une coalition d’armées régionales, conjuguée à une réelle volonté politique du président Buhari d’éradiquer le groupe terroriste.

Parallèlement, les luttes de pouvoir internes ont contribué à affaiblir l’influence d’Abubakar Shekau. En août 2016, le groupe État islamique, auquel Boko Haram avait prêté allégeance en 2015, a nommé le jeune Abou Mosab Al Barnaoui (23 ans), fils du fondateur de Boko Haram, en remplacement de Shekau à la tête du groupe. Ce dernier ayant refusé le changement de leadership, des affrontements meurtriers opposent désormais régulièrement les deux factions.

Enfin, le bombardement par l’armée d’un rassemblement de combattants dans le village de Balla, dans le nord-est du pays, le 28 avril aurait été décisif dans la conclusion heureuse des négociations. Shekau « avait perdu de nombreux commandants et avait vraiment besoin de les remplacer », assure une source proche de Boko Haram à l’AFP.

Le conflit particulièrement sanglant avec le groupe terroriste dans la zone du Lac Tchad a fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés depuis 2009.

Source: www.france24.com

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